Comment reconnaître les signes avant coureur d’une agression physique ? Voici quelques extraits de l’interview réalisé par Jon de la chaîne Youtube WouldYouReac.

Les différentes réactions du corps face à une agression

Face à la peur ou à un danger, votre instinct inconscient va choisir entre l’un de ces modes, selon les travaux du neurobiologiste français Henri Laborit :

  • Fuir/partir 
  • Rester mais en étant incapable de réagir
  • Affronter la situation.  

Lors de cette altercation, l’instinct de Jon a choisi d’affronter.  En fait il n’a pas choisi, c’est son « pilote automatique « , dans le cerveau, qui s’est mis en route. C’est la partie de notre cerveau la plus animale et instinctive. C’est souvent celle-là qui nous fait prendre de bonnes décisions sans qu’on ait à réfléchir.  

Les signes corporels qui précèdent l’agression physique

Pour rappel, la sémiologie est l’étude de tous les signaux que notre corps dégage,  qu’ils soient verbaux ou non verbaux, conscients ou inconscients. Des signes particulièrement intéressant à observer dans cette séquence où Jon est confrontée à une personne violente, agressive que ce soit avec les actrices, avec les membres de mon équipe, ou envers Jon lui-même. La personne a même frappé dans le matériel. 

Jon souhaite aller plus loin, en s’interrogeant, voir même se remettre en question sur le comportement qu’il a eu face à cette agression physique. La question qu’on se pose, c’est : y-a-t-il des signaux corporels ou verbaux qui auraient permis à l’équipe de tournage de comprendre  que cette personne pouvait devenir violente ? 

Le mouvement des jambes : s’agiter

Un des premiers éléments observables, c’est le mouvement des jambes. On voit les jambes de l’agresseur qui commencent à s’agiter et ce, plusieurs minutes avant l’agression physique. C’est physiologique : quand on a de l’adrénaline, quand on a de la testostérone, c’est ce qu’on observe  notamment chez les champions lorsqu’ils vont faire une compétition.  Ils sont déjà dans l’action en fait : le corps est déjà dans l’action.  Le corps a toujours un temps d’avance par rapport au mental et par rapport à ce qui va être verbalisé.  La personne émet des messages avec son corps.  90% des informations que vous délivrez sont involontaires. Cf. « Marks of the swindler », Pr Givens

Les mouvements amples des bras : impressionner

Par ailleurs, pour se montrer impressionnant, les humains comme les animaux se font plus gros qu’ils ne sont. Comme les chats, qui font le gros dos et qui montrent leurs poils pour qu’ils soient plus impressionnants. L’être humain va faire exactement la même chose en faisant des grands gestes et en occupant l’espace.  C’est pour effectivement impressionner l’autre. Cf. « Reading the gang signs ». Pr Given

Pourtant les personnes qui essaient d’impressionner, ne sont pas les personnes  qui vont passer à l’acte. En définitive, on peut représenter l’agression selon un continuum de trois niveaux distincts. 

Les 3 niveaux distincts de l'agression physique et items corporels non verbaux qui précèdent l'attaque
Les 3 niveaux distincts de l’agression physique et items corporels non verbaux qui précèdent l’attaque

Le premier niveau est le niveau de la démonstration.  Ca reste un niveau 1 et très vite, il y a le niveau 2 derrière, qui est celui de la préparation  où là, la personne se prépare à attaquer et on y arrive vite.  Parfois, certaines personnes sont, au début, dans ce niveau 1 de la démonstration : ils sont très théâtraux pour impressionner leur interlocuteur. L’histoire peu en rester là. Ou bien ils peuvent aller très rapidement au niveau 2 qui est la préparation à l’action, la phase (souvent courte) qui précède l’agression (niveau 3).

Bien sûr, la marge de manoeuvre est plus importante dans le niveau 1.  C’est pour ça qu’il ne faut pas laisser passer ces items du niveau 1 est réagir vite.  Car une fois que l’agresseur a basculé en niveau 2, c’est-à-dire la préparation à l’attaque, ça va être beaucoup plus difficile de le « gérer ». 

Dans la séquence avec Jon, un premier pas symbolique est franchi lorsque l’agresseur prend la caméra : il franchit l’espace de l’autre et se serre.  C’est une sorte d’avertissement. L’attaque envers l’objet précède celle envers les humains.

Les allers et retours : un lion en cage

La personne fait beaucoup d’allers et retours.  Si elle est partie et qu’elle revient, c’est qu’il y a quelque chose qu’elle ne va pas lâcher et ça c’est vraiment un comportement de prédateur, comme un lion en cage. Cf. « The predatory look » Pr Given.

Noter que la posture agressive de l’individu se traduit souvent par un rougissement au niveau des joues, mais que les quelques secondes qui précèdent l’attaque, le flux du sang va directement dans les muscles : le visage de l’agresseur blêmit. C’est un des items les plus efficaces pour déceler le passage à l’action (bascule du niveau 2 à 3).

Les améliorations et anticipations possibles pour désamorcer le passage à l’acte de l’agression

Les techniques classiques de négociation

Dans cette séquence, à aucun moment Jon ne met de mots sur l’émotion et le comportement qu’il ressent, ni même sur celui de l’agresseur. D’ailleurs, plusieurs fois l’agresseur répète la même question (il tourne n boucle = typique du stress agressif). Et à chaque fois l’équipe évacue sa question sans y répondre, tout en continuant à lui parler gentiment comme si de rien n’était. Non il fallait verbaliser le problème.

Ne se sentant pas entendu, la frustration de l’agresseur augmente.  C’est la rampe de lancement pour l’agression physique. Ayant fait de l’immersion avec la cellule négociation du RAID, je peux vous dire que ces unités d’élite utilisent en permanence les techniques de :

  • l’étiquetage émotionnel : mettre des mots sur les ressentis négatifs de la personne en face de vous ;
  • la reformulation : questionner l’autre versus évacuer son problème.

Sourire pour faire comme si tout allait bien… un piège !

Jon sourit énormément à son agresseur au début de la vidéo. Mais ce n’est pas un bon signal à envoyer : on sourit plus quand ça va mal que quand ça va bien. Sans le savoir, Jon envoie des messages implicites de stress et d’inconfort à son interlocuteur. Cf. « Prelude to an assault » Pr Given.

Quelques astuces pour faire diminuer l’agressivité chez son interlocuteur

Les comportements à adopter pour empêcher  une agression physique
Les comportements à adopter pour empêcher une agression physique
  • Reconnaître que la personne a raison, pas sur tout, mais sur un point que l’on partage réellement avec elle ;
  • Garder une distance de sécurité ;
  • Ne pas faire comme si tout allait bien, assumer qu’il y a un problème avec un comportement de vigilance (rigidité et froideur) ;   
  • Si le visage de l’interlocuteur passe du rouge au blanc : le passage à l’acte est imminent = se protéger !

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