D’un point de vue linguistique, on me demande souvent les différences majeures entre la langue anglaise et la langue française. Voici les réponses apportées au questionnement d’une étudiante, et qui je l’espère, pourront vous éclairer.

n°1 – La langue anglaise est plus « rapide » que la langue française : faux

La différence majeure entre le français et l’anglais provient de la hiérarchisation entre le nom et l’adjectif. En langue anglaise, l’adjectif est positionné avant le nom (on dit antéposé en linguistique). Et cela a un impact majeur dans le « parler » oral : avant de prononcer votre phrase en anglais, vous êtes obligé de savoir ce que vous allez dire, d’avoir construit le monde et la manière dont vous le qualifiez. Par exemple, en anglais vous direz « it’s a blue, cute and little cat ». Alors qu’en français vous pouvez déployer votre pensée au fil de l’eau : « c’est un chat… bleu… mignon… et petit… et… et… ». Les phrases orales françaises restent ouvertes à l’infini, là où il pré-existe une structure plus close en anglais. Donc l’anglais est moins une langue de la « rapidité » que de la concision, par rapport au français plus enclin aux longues phrases proustiennes.  

n°2 – Le français copie-colle les expressions anglaises : parfois vrai

Le français, comme de nombreuses autres langues, traduit au « mot à mot » certaines expressions, sans parfois en interroger le sens et la signification. Prenons l’exemple actuel de « distanciation sociale ». Il provient d’une traduction (malheureuse) de « social distancing ». Le « -ing » devenant une nominalisation en français. Une forme qui traduit mal l’action, le fait de « prendre ses distances ». En français, le verbe disparaît pour devenir un substantif, perdant ainsi ses qualités de mouvement et du « en train de se faire ». Le nom devient statique et fige la réalité. Par ailleurs, l’adjectif « social » aurait du être traduit par « physique » en français. Encore une fois, je ne crois pas que ce soit une question de vitesse, plutôt une question de facilité piégeuse. La « distanciation sociale » est bien une traduction malheureuse.

n°3 – L’anglais est moins « intellectuel » que le français car il simplifie tout : faux !

Il y a une tonalité « moraliste » qui me dérange dans cette question. Les langues sont vivantes et sont parlées. Ce que l’on peut constater c’est la concision de la langue anglaise par rapport à d’autres langue, comme le français, nous venons de le voir. Egalement, l’anglais se caractérise par un lien plus direct avec le réel, une vision plus positiviste et pragmatique qui n’est pas que philosophique.

Prenons un autre exemple actuel, celui de la série la plus regardée sur Netflix : « Tiger King ». Les américains parlent tout au long de ce documentaire de « big cats », là où nous parlerions de « félins ». Ils utilisent deux mots au lieu d’un. Ce n’est pas donc une question de rapidité, mais plutôt un rapport au monde envisagé de manière plus direct, moins poétique, plus en lien avec l’univers connu. Alors que le terme « félin » est connoté de « mystères », évoque les « contrées lointaines », l’inconnu, le terme « big cat » renvoie à ce que l’on connaît déjà : ce sont comme des chats, mais en plus gros. En cela, l’anglais peut parfois être perçus comme plus simplificateur.

Mais cette langue a l’avantage de son inconvénient : chaque locuteur anglais a une marge de créativité très grande. Chacun peut jouer à associer des mots (brain fart, earworm, couch potato, etc.). Le français est plus poétique, plus nuancé mais beaucoup plus conformiste également, les néologismes purement français sont assez peu nombreux, comparés à la langue anglaise. 

A retenir – Les principales différences stylistiques entre la langue française et anglaise

Le gouvernement canadien nous le rappelle, les principales différences entre le français et l’anglais sont :

  1. L’ordre des mots. C’est l’antéposition de l’adjectif qui accentue la perception de concision de cette langue par rapport au français ;
  2. L’abondance de prépositions en français. Les compléments du nom sont très nombreux. Par exemple, management report se traduit par « rapport à la direction » ou « rapport de la direction » ; En revanche les verbes anglais modifient leur sens lorsqu’ils sont combinés avec telle ou telle autre proposition (get in, get out, etc.). Cela permet une grande flexibilité en une économie de mots ;
  3. Le genre : l’anglais, contrairement au français, n’utilise pas le genre grammatical. Et les adjectifs ne demandent pas à être accordés ;
  4. Ajoutons en un dernier point qui nous semble primordial : la capacité des verbes à porter une action en train de se faire. Le « -ing » s’emploie très régulièrement, parfois même comme un nom. Voici quelques titres de livres à succès : Writing without rules, Am i being to subtle ?, Investing in real estate, Unmasking the face. Ce qui permet de donner du mouvement à la pensée, une impression de pouvoir « agir sur le monde » (versus approche descriptive).

Partagez cet article