« Attention terrain miné », voici une expression qui résume bien ce à quoi l’on s’engage lorsque l’on veut détecter le mensonge. D’autant plus que les études scientifiques sur le thème de la détection du mensonge sont parfois – souvent ? – contradictoires. Voici un rapide état des lieux pour vous aider à déterminer si on vous ment ou non…

Détecter le mensonge par la voix

La dimension paraverbale est l’une des dimensions de la communication non-verbale qui s’intéresse particulièrement à la voix et les phénomènes suivants (C. Kerbrat-Orecchioni 1990 : 137 et 1994 : 16-17, J.C. Chabanne – 1999) :

  • les caractéristiques de la voix : sa hauteur, son timbre mais aussi son intensité (le volume fort ou faible), etc.
  • le débit de la parole (lent ou rapide) : c’est le nombre de syllabes prononcées, c’est-à-dire la vitesse d’élocution ;
  • la prosodie qui concerne les expressions de rythme et d’intonation : “quantité, de ton, d’accent, de contour intonatif” ;
  • les pauses : dites « vides » quand elles sont des espaces de respiration, dites « pleines » lorsque ce sont des hésitations (heu, bon et autres tics de langage) ;
  • la prononciation, plutôt associée à des particularités individuelles ou collectives (“accents” régionaux, sociaux, nationaux).

Une étude récente s’intéresse à la « signature vocale » des individus pour comprendre s’ils paraissent crédibles ou menteurs. Anciennement, l’étude de Kraus & Co, « Pitch Changes during Attempted Deception » (1977), tend à démontrer qu’un menteur a une voix plus aigüe que sa voix habituelle.

Par ailleurs, les hésitations (de type « euh ») seraient plus nombreux en situation de mensonge. En effet, un mensonge demande beaucoup d’effort mental, des pauses seraient donc nécessaires (Cf. expérience de Vrij&Co,2000). A noter qu’il s’agirait plutôt de pauses dites « pleines » (se re concentrer), que « vides » (respirer).

Enfin, selon cette dernière étude du CNRS, pour paraître fiable, il faut une diction rapide, une intensité forte au milieu du mot, et une hauteur qui descend en fin de mot. Une signature authentique qui est perçue de la même manière dans différentes langues (français, anglais, espagnol). Comment l’expliquer ? La prosodie serait traitée de façon « automatique » par le cerveau…

Détecter le mensonge par le corps

C’est le « gros morceau » de la communication non-verbale. Voici les zones les plus pertinentes à analyser.

La zone du regard

La direction du regard

La direction du regard semble être un bon indicateur d’anxiété. De manière générale, un regard est soutenu (en moyenne) 3 secondes. Au-delà de 3 secondes, nous détournons les yeux et cette rupture visuelle fait baisser notre niveau de stress (Argyle&Co, « Eye contact, distance and affiliation »,1965). Toutefois, rappelons que les émotions et les signes d’anxiété sont rarement à associer au mensonge. Il paraît donc peu concluant d’utiliser l’orientation du regard comme indicateur de mensonge. Sans oublier tous les biais de projection (voir la thèse de Claudine Biland), qui nous mènent souvent sur de fausses routes.

A noter qu’à ma connaissance, aucune étude scientifique ne valide les résultats de la Programmation NeuroLinguistique (PNL) sur l’orientation du regard (à droite vers le futur = construction du message = mensonge).

Les pupilles

La dilatation des pupilles est intéressante car conditionnée par l’activité cognitive, et le contexte émotionnel. Plus l’intensité de l’émotion est élevée, plus les pupilles se dilatent (Siegle&Co, International Journal of Psychophysiology, 2004). Toutefois, l’activité pupillaire n’est pas directement liée au mensonge, et elle reste difficile à observer sans appareillage.

Les paupières

Le clignement de paupières est sans doute l’élément le plus probant. On cligne (en moyenne) 12 à 15 fois par minute. Mais regardez un enfant qui récite une poésie : ces clignements diminuent. Plus politiquement parlant, vous vous souvenez sans doute de Jérôme Cahuzac : « les yeux dans les yeux » et avec très peu de clignements…

L’explication est simple : l’activité cognitive intense – la concentration nécessaire – fait diminuer les réflexes palpébraux (appelés également « nictation » dans le jargon médical). Plusieurs études le démontrent : le mensonge est une activité cognitive intense qui fait diminuer la nictation (Cf. tous les écrits de Vrij, l’expert souvent cité sur cette thématique de la détection du mensonge).

Les autres zones du visage sont moins probantes : vous pouvez y lire des émotions, voire du stress. Mais, pour l’instant, il n’existe pas d’items émotionnels spécifiques associés au mensonge. Dans la série à succès Lie To Me, mettant en scène la figure de Paul Ekman, la détection du mensonge est associée à l’expression du mépris. Une émotion visible est un indicateur, non une validation !

Codification et items du mépris chez  Paul Ekma,
Codification et items du mépris chez Paul Ekma,

Les mains, les bras et les jambes

Pareillement, vous pouvez observer des attitudes corporelles et des dynamiques comportementales particulières. Comme je le développe déjà dans mes ouvrages et conférences, notre état d’esprit est visible à travers 4 sémiotypes. Chacun de ces sémiotypes à une dynamique corporelle qui lui est propre. Mais, encore une fois, ce n’est pas parce que vous observez des gestes d’anxiété – ou bien de rejet – que vous pouvez en déterminer un mensonge.

Il est tout de même à préciser que l’étude deVrij & Co arrive à la conclusion que les menteurs bougent moins en parlant que ceux qui disent la vérité. Et ceux, pour trois raisons principales :

  • ils essaient de contrôler un maximum leurs gestes pour ne pas être démasqué ;
  • l’effort cognitif est trop important quand on raconte un mensonge : trop concentré par son histoire, le menteur en oublie son corps ;
  • il se montre très sensible à la manière dont l’autre va accueillir son récit : il focalise son énergie sur son discours et l’analyse de l’autre en temps réel.

Voici une vidéo pour vous résumer tout cela :

Détecter le mensonge par les mots

Il semble qu’en l’état actuel, l’analyse langagière soit la plus pertinente pour détecter le mensonge. En tous les cas, les forces de police et de gendarmerie utilisent davantage cette approche.

Les grilles d’analyse type CBCA ou PBCAT pour les interrogatoires

Le CBCA (Criteria Based Content Analysis) est une grille opérationnelle de transcription. Elle permet de faire émerger certains traits caractéristiques du discours comme la quantité de détails (superflus, précis, etc.), la qualité des informations (cohérence, contradiction, etc.), et métalinguistique (l’auto-correction, les trous de mémoire, etc.)

De nombreuses autres grilles, comme par exemple celle du PBCAT (Psychologically Based Credibility Assesment). Elle a l’avantage d’inclure l’observation d’items non verbaux comme la posture (détente versus nervosité), ou le débit de parole (lent versus rapide). Toutefois, elle se focalise sur la production verbale en reprenant les items du CBCA.

De manière succincte, notez que les discours des menteurs contiennent moins de détails ou de repères spatio-temporels, sont davantage confus, et sans remise en cause (certitude) ni auto-dénigrement (bon droit).

La stylométrie

Très récemment, cette discipline a fait parler d’elle ! La stylométrie a été mise à l’honneur dans l’enquête du petit Gregory. Plus de 30 ans après, l’affaire pourrait être résolue grâce à cette approche spécifique de l’analyse du langage. 

Afin de résumer, voici les points que l’on peut retenir :

  • La stylométrie propose d’étudier les spécificités de la langue utilisée par une personne, sa « signature verbale » en quelque sorte ;
  • La signature linguistique est composée de certains mots préférentiels, ajustés dans un certain ordre, selon certaines structures syntaxiques, dans des phrases d’une certaine longueur ;
  • La stylométrie repose sur l’analyse des « mots outils », ces petits mots dont la charge sémantique est faible (et, alors, sur). Et non pas sur les « mots pivots » dont la charge sémantique est forte. 
  • Cette signature langagière est tout à fait inconsciente, et propre à chaque individu

Comment faire pour savoir si quelqu’un nous ment ? 5 astuces faciles

Vous l’avez compris, il n’est pas aisé de prendre quelqu’un en flagrant délit de mensonge. Toutefois, certaines astuces pourrait vous aiguiller :

1- Prêchez le faux pour savoir le vrai : posez des questions jusqu’à ce votre interlocuteur se trahisse. C’est en tous les cas les résultats de l’étude de DePaulo ;

2- Posez des questions inattendues : cela ne laisse pas assez de temps au menteur pour échafauder un nouveau scénario…

3- Couper la parole de l’autre est contre-productif, mieux vaut être en posture d’écoute et poser des questions ouvertes afin de recueillir un maximum d’informations ;

4- Demandez l’histoire à l’envers : il est plus difficile pour une menteur de suivre une chronologie cohérente à rebours. Normal, il a construit son scénario sur des bases logiques, et non chronologiques…

5- Confrontez votre interlocuteur à ses incohérences : Vrij a démontré que ceux qui disent la vérité vont émettre des énoncés métalinguistiques (« je vais être plus clair », « laissez-moi développer à nouveau »), alors que les menteurs vont préférer les trous de mémoire (« j’ai oublié », « je ne sais plus ») pour éluder la conversation.

Retrouvez prochainement tout une série d’articles sur les émotions, leur histoire et leur rôle. A bientôt.

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