Comme nous le précise le Journal Sud Ouest, la France passe à l’écarlate. Mais quelles sont les significations de cette nouvelle appellation ?

Décryptage sémiologique et sémantique.

Une France « super rouge »

L’étymologie du mot « écarlate » est intéressante, elle renvoie à la dimension « éclatante » de la couleur. L’adjectif joue le rôle d’instensificateur. C’est un rouge ++ comme nous le confirme le Dictionnaire d’Alain Rey. Pour en savoir plus sur l’étymologie de ce terme, vous pouvez vous rendre sur le site du Figaro.

Un élément de langage réussi pour une dystopie

D’un point de vue de la stratégie, la « France écarlate » est réussie puisque le terme est émis par le gouvernement, en ensuite parfaitement repris par les médias et les réseaux sociaux. On peut s’interroger sur sa réussite : pourquoi est-ce que cet élément de langage a « imprimé » nos esprits ? Sans doute parce qu’il est et ce qu’on appelle dans le jargon de la communication, un mot « disruptif », c’est-à-dire plutôt inhabituel voir créatif. Mais il ne s’agit pas seulement d’une question sémantique mais bien dans mesurer les conséquences plus inconscientes. Si dans les expressions françaises « voir rouge », « être dans le rouge », « tirer à boulet rouge », « être la lanterne rouge » (= le dernier, le perdant), nous sommes dans un champ lexical négatif, vraisemblablement le récit d’une France écarlate est carrément une dystopie ! La couleur ne renvoie pas uniquement à des qualités esthétiques, mais aussi des qualités psychologiques et émotionnelles. D’un point de vue de l’Imaginaire, cette France écarlate est aussi une France malade, à bout de souffle, à bout de nerfs. Comme le rappelle à juste titre Christian Bertolino, « écarlate » a donné « scarlatine », la France revêt donc aujourd’hui un visage où les symptômes du COVID se lisent : fièvre et rougeurs.

Le rouge, c’est de toute façon LA couleur

Allons plus loin, d’un point de vue cognitif, le rouge c’est la couleur que l’on repère le mieux. D’ailleurs, certains ont affirmé que le drapeau du nazisme, choisi par Hitler, a marqué nos consciences parce qu’il réunissait le blanc, le noir et le rouge, soit deux « non couleurs » et LA couleur que nos bâtonnets rétiniens perçoivent particulièrement bien. Il ne s’agit donc pas seulement d’une question de culture mais bien d’une question d’héritage anthropologique, lié à notre évolution en tant qu’Homo sapiens sapiens.

Quelles sont les intentions cachées derrière cet élément de langage ?

Pédagogiquement, quelle utilité de parler de « la France écarlate » ? Cela vient complexifier l’information en apportant une nuance supplémentaire. Est-ce pertinent ? Ce n’est pas certain puisque dans un système symbolique aussi fixe que celui des feux tricolores (vert, orange, rouge), l’apport d’une gradation supplémentaire vient plutôt brouiller les codes. En revanche, cela nous informe clairement sur les intentions du locuteur qui utilise cette appellation « France écarlate ». On peut suspecter un reconfinement, au moins partiel, de certaines régions. Et pour une fois, le gouvernement sort de son langage procédural et technocratique. L’utilisation de la métaphore « France écarlate » permet de marquer les esprits avec une résonance esthétique, psychologique, émotionnelle et cognitive qui nous informe sur les prochaines étapes. Par ailleurs, on peut s’interroger sur le choix volontaire et sans ambiguïté du gouvernement français à lutter contre le Covid-19 comme étant en « guerre » et dans une rhétorique anti-terroriste (aujourd’hui Olivier Véran parle d’une « France écarlate » comme celle du plan Vigipirate au niveau maximal d’alerte). Si « l’ennemi est invisible », les restrictions de liberté, elles, commencent à se voir.

Pour en savoir plus sur le rôle de la métaphore, c’est ici.

Pour lire l’interview « Ca m’intéresse » avec un regard croisé d’expertises, c’est ici.

Partagez cet article