Que ce soit, consciemment, pour essayer une larme, ou bien parce que la zone nous démange, les dernières découvertes scientifiques nous en apprennent davantage sur le rôle de la micro démangeaison (appelée « face touching » dans la littérature américaine). « Ca vous gratouille ou ça vous chatouille » ? Les deux ? C’est normal ! Pourquoi ne peut-on pas s’empêcher de se toucher le visage, alors même que la pandémie de COVID-19 sévit ? Décryptage.

« Face touching »

Les recommandations de l’OMS : ne plus se toucher le visage

Face à la pandémie du COVID-19, les recommandations de l’OMS sont claires : ne plus se toucher le visage. Les zones des yeux, du nez et de la bouche étant de véritables portes d’entrée au virus, comme le rappelle le professeur. McLaws, interviewée par le NY Times le 3 mars 2020. Bonne nouvelle : se laver les mains diminuerait la contagion de 30 à 50%, selon le physicien P. Sawyer qui nous rappelle sur son site l’importance de ce geste.

Il est pourtant difficile pour nous, en tant qu’être humain, de ne pas se toucher le visage. Quelques astuces cependant : mettre des lunettes, avoir du maquillage, ou porter un masque, voici des alternatives pour ne plus se gratter impunément… Et pourtant, vous aurez du mal à vous en empêcher. Pourquoi ? Voici, ci-dessous, les trois explications principales que l’on trouve dans la littérature scientifique pour expliquer ce geste comportemental. Mais avant un petit sondage :

1) Se toucher le visage : c’est dans nos gènes !

Il s’agit d’un héritage phylogénétique, c’est-à-dire d’une gestuelle observable également chez nos cousins les singes. Dans leur article « face touching in monkeys, apes and man evolutionary origins and cerebral asymetry (Neuropshychologia n°22, 1984), les chercheurs Diamond & Harris nous rappellent que les gorilles, orang-outans et chimpanzés sont comparables aux humains dans le fait de se gratter. Seule différence notable : eux le font moins souvent. que nous !

Se toucher le visage est donc une gestuelle archaïque, et réalisée le plus souvent de manière non consciente.  Alors que de nombreuses idées reçues circulent sur le body language, rappelons tout de même quelques faits majeurs qui ne sont plus à remettre en doute scientifiquement :

  • Non, un geste n’est pas le fruit du hasard : il existe un lien signifiant entre une modification observable du comportement (un geste) et un état d’esprit (intention consciente ou inconsciente) ; 
  • Non, les gestes ne sont pas uniquement culturels. La plupart du temps, ils sont physiologiques et cognitifs, réalisés de manière inconsciente ;
  • Non un geste n’est pas ornemental et rhétorique : les gestes ne sont pas toujours corrélés à l’activité verbale. D’ailleurs, sans le geste il n’y aurait pas d’élocution possible.  

2) La zone des mains est une zone particulièrement active

Souvent laissée de côté au profit de l’étude des émotions sur le visage, la zone des mains est pourtant très liée à notre activité cognitive. Pourquoi ? Voici un outil que les étudiants en médecine connaissent bien : l’homunculus.

Homunculus

A quoi sert-il ? C’est une représentation métaphorique des aires cérébrales les plus actives. Voyez comme les mains sont grandes : 70 à 80% de nos aires cérébrales actives sont en lien avec nos mains. Ce qui fait dire à certains chercheurs, comme le psychologue Geoffrey Beattie, que la main est davantage le reflet de notre inconscient et de notre état d’esprit que toutes les autres parties du corps. 

3°/ C’est un réflexe irréprescible lié aux émotions

Le chercheur Grunwald et son équipe ont démontré que le fait de se toucher le visage permettait de réguler les émotions (« EEG changes caused by spontaneous facial self-touch may represent emotion regulating processes  and working memory maintenance », février 2014.) Il y  a donc une corrélation entre le niveau émotionnel et la réaction très brève de micro-démangeaison. Le docteur Philippe Turchet, rappelle quant à lui :

« l’augmentation des gestes autocentrés nous permet d’extérioriser cette crispation intérieure (…). Le fait de se gratter fait donc descendre le niveau émotionnel. Le cortex cingulaire cesse de travailler. Or, cette zone est impliquée dans la douleur. Dans le même temps, les aires du cortex préfrontal impliquées dans les récompenses ou les comportements compulsifs deviennent réactives, expliquant pourquoi se gratter est en même temps si agréable ».

Vous savez maintenant pourquoi ce geste, dangereux par les temps actuels, est difficilement contrôlable. Et, voici un paradoxe : la période étant stressante, vous aurez davantage de mal à ne pas vous micro-démanger.

Conclusion

La micro-démangeaison est donc un bon révélateur de notre état interne : lorsque nous nous grattons, nous évacuons une tension. Une micro démangeaison surgit lorsqu’un état de stress est présent. La plupart du temps, sans que nous nous en rendions compte. Et cela arrive beaucoup plus fréquemment qu’on ne le croit : environ une fois toutes les 2min30. C’est énorme ! 

Et si vous appreniez, vous aussi, à décrypter les expressions corporelles de vos interlocuteurs ? L’étude réalisée par Marianne Schmid Mast a démontré que la capacité à décoder les intentions était un avantage certain dans les interactions sociales. Cela serait même prédictif quant au succès de l’entreprise ! C’est pour partager avec toutes ces nouvelles connaissances sur le body language que je vous propose différents formats d’intervention. En savoir plus.

Article que vous pouvez lire sur le site de Marianne

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