NASA news: Dr Jim Green is positive NASA in on track to finding proof of alien life on Mars (Image: NASA/GETTY)

Depuis quelques jours, l’interview de Jim Green secoue la Toile. Ce physicien, chef des équipes scientifiques de la NASA affirme :

«Je suis inquiet. Je crois que nous sommes sur le point de trouver des traces de vie sur Mars. Ce sera révolutionnaire. Le début d’une nouvelle ligne de pensée. Mais je crains que l’humanité ne soit pas prête à entendre ce genre de révélation » (source Futurasciences).

En réalité, si Jim Green prend toutes les précautions pour affirmer qu’une telle découverte n’a pas encore eu lieu, ses déclarations dans un contexte plus général semblent montrer le contraire !

1- De la Fabrique du consentement au soft power : la méthode « douce » de persuasion passe désormais par l’écran

Développée par Edward Bernays, neveu de Freud, la « Fabrique du consentement » constitue la pierre angulaire de toute communication publique. Loin d’être anecdotique, cette parentalité avec le fondateur de la psychanalyse trouve un écho marqué dans l’ouvrage de Bernays, Propaganda,  où les modalités psychologiques de la « mentalité collective » ou de « la manipulation des foules » sont décortiquées. Vertitable manuel pour le débutant en communication publique et politique, cet ouvrage est fondateur. Dénnocés par Herman et Chomsky dès la fin des années 80, les procédés de persuasion sont nombreux, allant de la simple figure de rhétorique (euphémisation du discours) à la corruption des experts scientifiques et publics (l’industrie du tabac).

Dans le cas qui nous intéresse, il est un élément qui nous intéresse particuliièrement : le « soft power ». Proposé par Nye en 1990, le terme désigne l’influence indirecte des comportements, c’est-à-dire de manière non coercitive. Une manière pour ce professeur de s’opposer aux thèses déclinistes concernant la puissance américaine. Comprenez, les Etats-Unis sont toujours la puissance mondiale numéro 1, puisqu’ils influencent nos modes de pensées et d’agir. Thèse redéployée dernièrement par Debray : « Une civilisation a gagné quand l’empire dont elle procède n’a plus besoin d’être impérialiste pour imprimer sa marque (…) elle peut se dire victorieuse quand ce n’est plus une, mais la civisilsation, que sa langue est devenue lingua franca, et sa monnaie, l’aune commune (…) Il y a, en 2017, une civilisation américaine dont les cultures européennes semblent, avec toute leur divsersité, au mieux, des variables d’ajustement, au pire des réserves indigènes. » (Civilisation : comment nous sommes devenus des américains, 2017).

Aujourd’hui, les images sont le meilleur véhicule de toute forme de propagande. Sur grand écran ou petite lucarne, l’expression de notre civilisation américaine est à son acmé, favorisant cet « immense accumulation de spectacles » dont nous parlait Debord. Bien ancré depuis la fin des années 60 avec le genre de la Science Fiction et le succès de Star Trek puis de Star Wars, le motif de « la vie ailleurs que sur Terre » euphorise les foules. Cet angle narratif semble encore plus vaillant aujourd’hui : rachat des droits par Disney qui décline à l’infini le thème de la Conquête des Etoiles, saturation sur Netflix (nouveau média de consommation) des séries spatiales et recrudescence au cinéma d’une vie extraterrestre existente. On ne les compte plus, tous azimut : Prometheus, Gravity, Interstellar, Seul sur Mars, First Man, Ad Astra, Annihilation, Mother, First, Another Life, Lost in space, etc. On peut considérer que ce thème universel trouve un écho particulier dans un contexte de globalisation : dit autrement, le thème s’exporte bien car il touche l’humanité dans sa globalité. On peut aussi considérer, à l’aune de ce qui s’est dit, que ce leitmotiv est une manière douce de préparer les esprits à ce qui est déjà découvert.

2- Jim Green et ses déclarations passionantes et… contradictoires

D’un point de vue linguistique, la tournure de phrase de Jim Green est intéressante à décortiquer. Voici ce qu’il annoncait dans un e-mail au site Gizmodo, afin de calmer la « polémique » ou l’engouement suscités par ses déclarations :

“It’s incorrect to think that we have found life and that we are working toward an announcement.” Traduit mot à mot : « il est faux de penser que l’on a déjà découvert une forme de vie et que l’on travaille sur son annonce ».

L’utilisation d’une proposition principale et d’une subordonnée « it’s inccorect to think (that) we have found life… » est surprenante. Vous noterez la différence syntaxique avec une proposition indépendante (sans subordonnée) : « we have not found life » (on n’a pas trouvé de forme de vie). En langue anglaise, comme en langue française, les subordonnées servent à mettre de la distance, de la « ouate » sur un sujet qui peut mettre mal à l’aise. Elles servent aussi à masquer. On peut analyser cette sentence prononcée par Green de la manière suivante : Il est faux de penser que (intention portée) on a déjà découvert une forme de vie (réalité cachée). Vous pouvez réaliser la même analyse avec cette autre déclaration :

« When — or if — NASA finds life on Mars, the world may not be ready for the discovery ? » (source CNN)

En supprimant les conjonctions subordonnées « quand » et « si », il reste : « Nasa finds life on Mars ».

Par ailleurs, d’un point de vue sémantique cette fois, Jim Green affirme « « The bottom line is, where there is water there is life. » Or la Nasa a confirmé dès 2015 la présence d’eau sur Mars (source Les Echos). Les déclarations de Green sont limpides et la réalité à peine masquée. Les films et téléfilms semblent actuellement davantage présents sur nos écrans, justement « préparer » le Monde à cette annonce.

3- La force de l’inconscient collectif et l’archétype de l’alter ego

Défini par Jung au début du XXème siècle, la notion d’inconscient collectif trouve des ramifications étonantes dans la physique quantique actuelle, notamment autour de la question des synchronicités (lire les travaux de Philippe Guillemant, notamment). Sans développer ses points techniquement et scientifiquement ardus, la confirmation d’une forme de vie sur Mars et la récurrence thématique filmique de ce leitmotiv ne semble pas coexister de manière purement hasardeuse.

Qui de l’oeuf ou de la poule ? A-t-on tellement fantasmé cette réalité qu’elle est devenue tangible (une sorte de pensée magique réalisante) ? Ou bien la fiction vient-elle assurer son rôle cathartique face à une réalité imprévue ? Impossible à dire. Notons simplement que l’exploitation scenaristique de l’alter ego extra-terrestre (archétype) ne se fait pas sans considération morale (Bien/ Mal), et que les connotés associés à cet « étranger » sont le plus souvent négatifs : extermination, contamination, dangerosité sont les thèmes les plus présents.

– FIN –

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