Émotions, improvisation, ressorts psychanalytiques dramatisés… Ces ingrédients ont beaucoup à nous dire sur cette séquence médiatique inédite. Voici un décryptage que vous pouvez lire sur le site du Huff.

Forte rentrée pour Emmanuel Macron qui perd le 3e homme de son gouvernement. Retour sur une séquence médiatique inédite qui mêle tous les ingrédients du psychodrame, en trois actes : 

  • les émotions vécues (réelles et non pas surjouées) des acteurs, 
  • de l’improvisation, avec le scoop inattendu mais « mûrement réflechi »
  • des ressorts psychanalytiques dramatisés, ou le devenir incertain d’un homme. 

Beaucoup l’ont constaté, la tristesse est une émotion très présente dans les prises de parole de Nicolas Hulot. Elle a d’ailleurs était soulignée par la journaliste Léa Salamé. Elle était présente sur différents niveaux : (1) verbal, l’émotion est assumée par Nicolas Hulot qui reprend le terme à son compte ; (2) paraverbal, le timbre de la voix est bas, le débit très lent, la voix chevrotante. Ce sont des items vocaux caractéristiques de la tristesse, très difficile à « imiter ». La tristesse est réelle et palpable pour ceux qui écoutent. (3) non-verbal avec les items caractéristiques : bouche en U inversé, yeux brillants, pointe des sourcils affaissée (cf. image).

Pourtant, ce n’est pas l’émotion la plus caractéristique de cette séquence. Le dégoût est l’émotion la plus majoritairement présente. Nez retroussé et crispation des sillons nanogéniens (traits qui parcourent le visage du nez à la bouche, autrement appelés « rides du sourire ») en sont les principaux marqueurs (cf. image).

 Pour être tout à fait précis, les émotions visibles sur le visage sont le plus souvent « composites », c’est-à-dire constituées de plusieurs émotions « primaires ». Les 4 émotions de base référencées par Paul Ekman comme étant universelles sont la peur, la colère, la tristesse et la joie.Il y ajoute ensuite la surprise, le dégoût, le mépris et la honte. Dans la  séquence qui nous intéresse ici, l’émotion la plus visible est donc composite : c’est un mélange entre tristesse et dégoût, qui ne le quittera pas pendant toute sa prise de parole. 

Acte II : L’improvisation : Hulot était le meilleur « communicant » du gouvernement

Autre élément très intéressant dans cette séquence : le comportement des deux journalistes. Ils paraissent également très impactés émotionnellement par la déclaration, surtout Léa Salamé. Les émotions de tristesse sont également très visibles sur elle, et les gestes de réassurance nombreux : fixation de la main sur le corps (cf. image), ou bien main devant la bouche ouverte, qui rappelle l’expression « en rester bouche bée ». Concernant son confrère Nicolas Demorand, l’émotion est davantage composite, entre colère et surprise – les yeux sont davantage ouverts, écarquillés qu’habituellement, et rappelle l’expression en langue « ne pas en croire ses yeux ». 

Dans cette séquence, le cerveau mimétique – concept développé par le neuropsychiatre Jean-Michel Oughourlian- est à l’oeuvre : l’émotion est contagieuse, la tristesse de Nicolas Hulot est transmise aux interlocuteurs. Un phénomène d’autant plus accentué que les émotions sont sincères et réelles. C’était finalement le point fort de Nicolas Hulot, savoir communiquer et transmettre un contenu de manière humaine. Etre communicant, ce n’est pas seulement informer, c’est transmettre et faire vivre. Encore faut-il des convictions pour que cela soit congruent. 

Acte III : Les ressorts psychanalytiques d’un homme en devenir incertain ou les paradoxes non résolus 

D’un point de vue rhétorique, toute l’argumentation s’organise autour d’un seul concept : « la solitude » : «  je suis seul » / « qui j’ai pour… »/ « qui serait à la hauteur tout seul ? » / « où sont mes trompes ? » / « qui ai-je derrière moi » ? / « sur tous les sujets, j’avance tout seul ». Cette solitude est associée à une expérience négative. Premier paradoxe, cette solitude dénoncée est celle-là même reprochée à Emmanuel Macron, perçu ces derniers temps comme « déconnecté du réel » ou « enfermé dans sa Tour d’Ivoire ». Reproches que l’affaire Benalla a fait ressurgir.

Enfin, Nicolas Hulot en appelle au collectif pour résoudre la crise environnementale. Pardoxalement, tout son discours est orienté sur son choix… individuel. Lui qui « ne veut plus (se) mentir », décrit sa décision comme « un acte de sincérité avec (lui)-même ». Autrement dit, le choix moral individuel cohabite avec la responsabilité collective écologique demandée. Mais Nicolas Hulot mesure-t-il l’impact collectif de sa décision individuelle ? Au-delà de l’électro-choc, peut-on demander un sursaut collectif, à partir d’une décision prise justement individuellement ? 

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