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Les symboles républicains sont à l’honneur. La valorisation de la chevelure raconte quelque chose, notamment par contraste avec la question du port du voile.

The newly-printed stamps depicting French national symbol « Marianne » designed by French-British street artist Yseult Digan aka YZ, are on display in the workshop of French printmaker Elsa Cotelin, in La Poste printing house in Boulazac, southwestern France, on July 19, 2018. (Photo by Nicolas TUCAT / AFP) (Photo credit should read NICOLAS TUCAT/AFP/Getty Images)

Réalisé par l’artiste Yzeult Digan (« YZ » pour les intimes), le nouveau visage de Marianne a été révélé par Emmanuel Macron ce jeudi, lors de son déplacement en Dordogne. Un décryptage sémiologique rapide s’impose.

Ce nouveau visage contraste fortement avec la représentation choisie par François Hollande! Les deux timbres sont à l’opposé: l’un est sur fond blanc, quand l’autre est sur fond noir, l’un est bucolique quand l’autre se veut grave. En effet, le regard candide – cils papillonnant et regard quasi écarquillé – a laissé place à la détermination que le froncement de sourcil, visible même de profil, souligne.

C’est également à travers ce profil que s’incarnent les valeurs de « droiture » et de « détermination » – versus le visage désaxé par rapport à la main de l’ancien timbre. La dimension bucolique – feuillages présents dans la chevelure – a totalement disparu. Ici, les symboles républicains sont à l’honneur. La position en profil permet une valorisation forte du bonnet phrygien et de la cocarde.

Concernant l’organisation systémique du timbre, quelles sont les parties qui sont traitées graphiquement de la même manière? Les enjeux de luminosité et de contraste sont les mêmes sur la partie du visage et du bonnet phrygien. Il y a donc un effet d’harmonisation et un traitement égal porté sur les symboles républicains: le bonnet, la cocarde, le visage de Marianne. Les effets de relief et de matière portent davantage sur la chevelure.

C’est finalement ce dernier élément qui ressort avec le plus de contraste, et de manière la moins « droite » ni « ordonnée ». Cette valorisation de la chevelure – loin d’être anecdotique – réactive au moins trois paradigmes. Un paradigme politique, mythologique et sociétal. Concernant le politique, et dans un contexte marqué par les rapports entre laïcité et religion, la valorisation de la chevelure raconte quelque chose. Notamment par contraste avec la question du port du voile… Si Emmanuel Macron s’exprime peu sur ce sujet, force est de constater que le visage de la nouvelle Marianne est en fait une chevelure, symbole d’une féminité à afficher de manière déterminée.

D’un point de vue mythologique, les entrelacs de la chevelure, multiples et abondants, réactivent le mythe de la Gorgone, femme effroyable et terrifiante aux cheveux-serpents.

On retrouve ainsi le motif habituel et récurrent associé au féminin: ce qui louvoie et qui serpente; en bref ce qui n’est ni droit (moralement), ni phallique. Pour Freud, Méduse représentait ainsi une figure de la castration. Monstre horrifique ou beauté fatale, Méduse est en tous les cas l’archétype du féminin… toujours vu par le masculin, soit quelque chose d’inquiétant et d’attirant. Et c’est sans nul doute ce qui peut frapper dans les choix opérés pour représenter le visage de Marianne.

D’un quinquennat à l’autre, la représentation de ce corps féminin est idyllique. Comme on vous l’explique en cours de marketing, il faut faire rêver. Sans le bonnet phrygien, on peut toujours se demander si l’on n’est pas face à Bardot… ou Lara Croft. Le féminin est ainsi toujours harmonieux, beau, désordonné, en un mot: attractif. La bouche de Marianne est toujours ouverte, pour parler ou pour sourire? Loin du visage de la France, très loin du visage des Françaises, cette incarnation sexualisée plus que genrée, empêche sans doute de réinterroger les concepts de Nation(s) et d’Identité(s).

Idéale et idéelle (relative au monde des idées), Marianne – à travers cette représentation artistique – reste un symbole magnifique et puissant mais déconnecté du réel: c’est une image, non une incarnation.

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