Gérald Darmanin a utilisé l’expression maladroite « les yeux dans les yeux », face à un Jean-Jacques Bourdin rompu à l’exercice. Ces mêmes mots – restés célèbres – depuis l’intervention mensongère de l’ancien ministre des finances, Jérôme Cahuzac. Pourquoi faut-il se méfier de la zone des yeux ? Décryptage.

Méfiez-vous de cette zone du visage : les yeux « mentent » facilement

La croyance selon laquelle les yeux sont le « miroir de l’âme » est assez répandue. Ne dit-on pas « regarder quelqu’un les yeux dans les yeux » pour signifier « faire preuve de sincérité et de franchise » ? Pourtant, l’actualité politique vous a sans doute
appris à être sur vos gardes..

« Les yeux dans les yeux, est-ce que vous avez eu un compte
en Suisse ou pas ?
– Je n’ai pas, je n’ai jamais eu de compte en Suisse, Jean-
Jacques Bourdin. »
(Jérôme Cahuzac, invité de l’émission Bourdin direct, 8 février
2013)

La zone du regard est donc une zone-piège… Méfiez-vous des regards un peu trop insistants… Loin d’exprimer la vérité, ils visent surtout à installer un rapport de domination. C’est pour cette raison qu’il faut essayer de ne pas se laisser « engloutir » par le regard de son interlocuteur. On tombe vite dans le piège. En effet, les yeux sont une zone d’expressivité très forte qui ne nous laisse pas indifférents. Les publicitaires le savent depuis longtemps. Représenter, sur une affiche, la photographie d’un visage qui vous fixe droit dans les yeux augmente significativement l’intérêt que vous allez porter au produit. En clair, les logiciels d’eye tracking ont montré que votre regard reste plus longtemps focalisé sur une publicité qui utilise un être humain vous regardant frontalement. Par habitude, on recherche souvent à déceler les intentions de nos interlocuteurs en sondant leur iris. Quelques indices peuvent confirmer ou infirmer sa sincérité.

Intéressez-vous aux clignements de paupières, ils sont révélateurs d’une surcharge cognitive ou non

Première question que vous devez vous poser : la personne en face de vous cligne-t-elle régulièrement des yeux ? D’ordinaire, nous clignons des paupières en moyenne 12 fois par minute. Si le regard de votre interlocuteur devient fixe, que ses yeux sont largement ouverts, comme des boules de billard, fuyez ! Il cherche à vérifier si vous avalez sa salade.

À l’inverse, si le regard est fluide, ne soutient pas le vôtre de manière insistante, navigue de manière naturelle d’un point à un autre, sans être trop ouvert, vous pouvez avoir confiance. Mais ne vous faites pas avoir. Un gros mensonge peut être suivi de clignements d’yeux répétés. Comme pour se soulager d’avoir dit une grosse bêtise, le cerveau décompense à travers les paupières qui vont se mettre à papillonner, atteignant jusqu’à 22 clignements par minute. Inutile d’investir dans un chronomètre, ils sont si nombreux que vous les verrez à l’œil nu.

En résumé, l’absence de clignement comme leur trop grand nombre sont les indices que quelque chose ne va pas. Et souvent, dans le cadre du mensonge, un regard fixe s’accompagne de sourcils qui restent arqués plusieurs secondes sans bouger et d’un front qui se plisse avec des rides naissantes.

Gerald Darmanin, plutôt impacté émotionnellement, sans trace de sur-contrôle ou de surcharge cognitive

Dans la séquence qui nous intéresse, Gérald Darmin a une gestuelle plutôt fluide, pas de focalisation excessive du regard, et des clignements de paupières « normaux ».

C’est plutôt au niveau du langage que l’on peut se questionner. Sur le choix des mots : l’utilisation de cet adverbe « sincèrement », les formules alambiquées, l’impression de parler vrai (qui est une forme réactualisée de langue de bois), etc.

« Je vais vous dire quelque chose les yeux dans les yeux: je crois que dans le monde dans lequel nous vivons, il faut savoir se tenir droit et faire son travail. Moi je fais mon travail. Je n’ai jamais abusé d’aucune femme et je n’ai jamais abusé de mon pouvoir », a-t-il assuré sur RMC/BFMTV. « La vie politique c’est parfois quelques blessures », a conclu le ministre.

L’utilisation du terme « jamais » dans la phrase ‘je n’ai jamais abusé de mon pouvoir » pourrait-être à fouiller. Car valide syntaxiquement mais peu vraisemblable au niveau sémantique.

Sinon, la phrase finale « La vie politique c’est parfois quelques blessures » est peu congruente : l’utilisation d’une tournure impersonnelle et l’absence de pronoms personnels sur une évocation émotionnelle pose question : mise à distance = pudeur ? ou mise à distance = élément de langage préparé ?


Deux notes spéciales :

  • Vous pouvez retrouver le début de cette analyse dans mon ouvrage Déjouez les manipulateurs : l’art du mensonge au quotidien au chapitre « que se passe-t-il au niveau des yeux ? »
  • Les propos tenus n’ont pas vocation à « choquer » ou « justifier », ils sont issus de mon expertise, notamment acquise auprès de la Police Nationale.

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