Cela paraît fou, mais on me pose régulièrement la question lors de mes conférences ou formation… Quelle est la différence entre la sémiologie et la sémiotique ? Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les « deux sémios ».

1. Sémiologie ou sémiotique, dans les deux cas : c’est l’analyse des signes, des messages, aussi bien visuels que verbaux

C’est une méthodologie scientifique, ayant son propre vocabulaire, ses propres outils, ses postulats hérités de l’histoire des sciences humaines et sociales (le structuralisme, l’interactionnisme, etc.). Les postulats sont les mêmes. Mais les dates

2. La sémiologie, courant de la linguistique, réactualisée par Roland Barthes qui décrypte nos objets du quotidien

C’est Roland Barthes, écrivain et sémiologue (1915-1980), qui en reprenant les enseignements de Ferdinand de Saussure (père de la linguistique moderne), les a appliqué, pour la première fois à l’image. Notamment, à travers des articles connus, la publicité de Panzani dans «Rhétorique de l’image» mais aussi la une de Paris Match, le catch, le Tour de France ou la nouvelle DS dans Mythologies. 

Il propose la sémiologie comme outil de décryptage idéologique. Chaque message étant une construction qui ne va pas de soi, le sémiologue a pour tâche de déconstruire cet assemblage arbitraire et prétendument naturel. C’est une approche littéraire.

3. Le sémiologue et le sémioticien ont une « utilité sociale » : ils voient du sens là où les autres voient des choses (citation de Umberto Eco)

Le sémiologue – ou le sémioticien – est celui qui dévoile « la matrice structurante » et met à nu « le procès du sens » — pour reprendre les expressions de Roland Barthes.

Adepte du message sous les messages, le sémiologue observe, décrypte et  analyse pour rendre compte des effets de sens, des connotés et des implicites présents dans la communication. Bref, tous ces éléments pas forcément visibles du premier coup d’oeil.

4. Il s’agit de répondre à la question globale : quelle construction idéologique du monde propose le message (ou l’objet) ?

En effet, dans la veine structuraliste des sciences humaines et sociales, la sémiologie (surtout celle de Barthes), comme la sociologie (notamment celle de Bourdieu), ont une dimension « contestataire » liée à l’analyse des rapports de force. En permanence, ces sciences interrogent : « où se situe le centre du pouvoir ? pour quoi ? comment ? »

5. La sémiotique est davantage spécifique, moins littéraire, davantage « mathématique »

  • D’un point de vue européen, la sémiotique peut se définir comme une «sémiologie seconde génération». Apparue un plus tardivement avec l’Ecole de Paris autour de Algirdas Julien Greimas, elle est utilisée pour ses applications concrètes dans les bureaux d’études et plannings stratégiques à partir des années 90, durant lesquelles elle commence à se diffuser dans un cadre hors de l’université.
  • D’un point de vue américain, Peirce a développé de manière synchrone avec Saussure, une discipline qui tend à comprendre la structuration symbolique du langage. Il nomme sa discipline « semiotic ».

Pour conclure : Au-delà des postulats communs, la sémiotique a une méthodologie propre, très procédurale et héritée de la phonologie (Cf.parcours génératif), là où la sémiologie utilise les outils de la linguistique pour les réactualiser, dans une veine plutôt littéraire voire sociologique.

 

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