Pour Roland Barthes, le sémiologue est celui qui établit « le procès du sens », celui qui arrive à faire émerge « le message sous le message ». Pour Umberto Eco, « le sémiologue est celui qui voit du sens, là où les autres voient des choses ». En tous les cas, il est amené à se mettre dans une posture « méta » (à distance de son objet d’étude) et « holistique » (compréhension globale des enjeux de significations).

le symbolique et l’implicite règnent en maître au sein des Organisations

J’aimerais vous parler de la puissance du symbolique et de l’implicite au sein des Organisations. Et partager avec vous cette réflexion, issue de mon activité de consultante. D’un point de vue sémiologique, une Entreprise peut se définir par :

  • sa réalité visible et tangible : bâtiments, individus, matériels, etc.
  • sa communication ou l’image d’elle-même qu’elle donne à voir : c’est le storytelling qu’elle construit. En interne et en externe.
  • sa réalité invisible : ce sont toutes les règles implicites qui gèrent les relations entre les individus.

Le véritable travaille de consultant tient à faire ressurgir ces règles usuelles et implicites.

un décalage souvent problématique entre désir et réalité

Le plus souvent, il existe un décalage, pas toujours conscient ni conscientisé, entre le désir et la réalité. Formalisé par Freud, il y a maintenant un siècle, par les termes principe de plaisir et principe de réalité, il est le premier fossé que l’analyse sémiologique peut révéler.

En effet, ce gap émerge de l‘analyse des mots (ceux utilisés par le dirigeant lors de l’entretien, ceux présents dans les supports de com’ et ceux utilisés par les collaborateurs), des images (celles des publicités, du site Internet, ou encore organigramme de l’Entreprise) et des symboles (archétypes présents, gestion des espaces de vie et relations).

Cette analyse modélise factuellement la distance entre les valeurs émises par l’Organisation (émetteur), celles réelles (présentes dans la communication) et celles perçues (du côté du récepteur).

 

l’apport du nœud borroméen lacanien

Autre outil intéressant, moins sémiologique et plus psychanalytique : le noeud borroméen lacanien. Selon Lacan, la bonne santé psychique d’un Individu tient de la bonne proportion entre :

  • le réel : accès au principe de réalité,
  • l’imaginaire : capacité à créer des images,
  • le symbolique : maitrise du langage et des rituels.

Ce modèle a été repris par Patrice Stern qui l’applique aux Organisations pour valider la bonne santé de l’Entreprise. Celles qui sont en déclin présentent les caractéristiques suivantes :

  • un déni de la réalité : bercé par le leitmotiv « tout va bien madame la marquise ». Soit les indicateurs sont ignorés, soit ils sont défaillants.
  • une hypertrophie du symbolique : dont le principal symptôme est la réunionite aigüe. Les rituels deviennent envahissants au sein de l’Organisation (politesse excessive, procédures interminables, etc.)
  • une hypotrophie de l’imaginaire : le storytelling est inexistant, il n’existe ni récit fondateur, ni récit fédérateur. La dimension apsirationnelle est absente.

les méta règles appartiennent au registre symbolique

En tant que consultante, je me suis souvent aperçue que le plus intéressant réside dans l’implicite, en creux des mots ou slogans martelés. Il s’agit de faire ressurgir cette voix sourde, qui ne se laisse pas appréhender directement. Le questionnement permet l’émergence de ces règles implicites voire inconscientes qui gâtent souvent les meilleurs volontés. Cette idéologie sous-jacente est souvent portée par les dirigeants. Et la communication en est la manifestation symptomatique : contre-sens, lapsus, paradigmes absents en sont les meilleurs indices.

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