Hier soir, plusieurs candidats à la présidentielle se sont prêtés au jeu de la pédagogie : Macron, Mélenchon, Fillon et Hamon. Qu’est-ce qui les différencie ? Décryptage de leurs gestes et de leurs mots pour comprendre leur vision de la réalité. A quelques semaines des élections, il est important de comprendre leur positionnement respectif.

Emmanuel Macron, le plus spontanément direct car le plus polymorphe

Passé en premier, Emmanuel Macron est celui qui se montre le plus à l’aise dans cet exercice. A califourchon sur la chaise dès le début de la séquence, Il passe facilement du registre explicatif à un registre plus émotionnel (notamment lorsqu’il évoque sa séparation avec Hollande). Il est celui qui va occuper le plus l’espace. Tour à tour débout, puis assis, il alterne également sa rythmique gestuelle : tantôt les gestes sont amples et hauts, tantôt les gestes se font plus précis. Il est celui qui s’exprime avec le moins de filtre :

  • avec langage direct congruent avec le « parler jeune » : « ah ouais je connais », « moi tu vois », « super », etc.
  • avec une posture relationnelle : partie gauche du corps souvent animée

Le paradoxe : il prend un plaisir certain à être dans le lien, à interroger, à susciter la curiosité mais ses tournures linguistiques sont celles qui sont les plus égocentrées. « Moi, je », « moi ce que je veux », « moi j’aurais besoin de » sont les formules syntaxiques les plus récurrentes de son discours. Autrement dit, alors que son corporel invite du regard à l’interaction, la structure linguistique de son regard verrouille la présence de l’autre pour ne laisser s’exprimer que la suprématie du je surpuissant.

Jean-Luc Mélenchon, à distance respectueuse des « petites personnes », tel le bon professeur

Arrivé en second, Jean-Luc Mélenchon se montre davantage dans la distance alors qu’on le connaît toujours enflammé sur les plateaux télé. Il est celui qui est dans le lien le plus individualisé. Lorsqu’un élève l’interrogera, il mettra toujours un point d’honneur à commenter le prénom pour faire du lien. Ex. « Cassiopée… le nom d’une constellation », « Henri le prénom d’un Roi ». Il est souvent dans une posture professorale (mains en berceau devant). Ce qui se traduit d’un point de vue discursif par une volonté de se faire bien comprendre : « institution, tu comprends le mot ? »  D’un point de vue linguistique, il est celui qui laisse le plus la place à l’autre : les « vous » et « tu » sont récurrents dans son discours : « cette formule, vous allez voir elle est géniale », « je vais pas te faire la blague que tout le monde te fait ».

Le paradoxe : dans une posture professorale un peu à distance, il est pourtant celui qui s’implique le plus dans la relation. Très peu de subordonnées et d’adverbes dans ses phrases. Son discours est le moins langue de bois de tous les candidats. Ce que sa gestuelle ne traduit pas car celle-ci est plutôt dans l’éloquence et la mise à distance.

François Fillon, une rigidité certaine qui confine au malaise

François Fillon est resté tel qu’on le connaît sur les autres plateaux télévisuels : absence de sourire, mise à distance de l’autre et registre critique. Dès les premières secondes, il paraît très froid. Un « asseyez-vous » directif vient ponctuer le début de la séquence. Il dira être « impressionné ». Sans doute la clef de ce malaise apparent. Cette mise à distance est congruente d’un point de vue verbal et non verbal.

  • dans son discours : beaucoup de subordonnées, d’adverbes qui mettent de la distance entre le sujet et l’objet;
  • dans sa gestuelle : son corps s’est mis le plus en retrait possible des élèves. Durant toute la séquence, Il aura peine à décoller ses mains du bureau derrière lui;

François Fillon est le plus protocolaire : vouvoiement obligatoire et serrage de mains en guise de remerciement.

Le paradoxe : Il a la personnalité et le positionnement le plus critique mais manque de nuances. Souvent présenté comme fin analyste, les formules négatives sont structurantes dans son discours et attestent de sa capacité d’analyse : je ne te dirai pas que, un société c’est.. sinon ce n’est plus… ce n’est pas la même question que… Un profil analytique que l’on retrouve également dans sa posture. Pourtant, il est le candidat qui use et abuse le plus de la tournure du « présent à valeur de vérité générale ». Autrement dit, beaucoup de postulats et d’axiomes qu’il ne prend jamais la peine de déconstruire au sein de ses prises de parole. Sa vérité devient LA vérité. Une réalité dépeinte sans nuances donc…

Benoît Hamon, le plus performatif : se réalise déjà Président de la République

Alors que les autres candidats parlent au conditionnel (si je suis un jour Président), Benoit Hamon parle sans conditions à plusieurs reprises : « je suis impatient de lui dire (à Trump)... », « quand je serai Président », etc. C’est donc le candidat qui a été le plus performatif, c’est-à-dire dont les mots ont créé une réalité tangible. Il a été également très pédagogue.

  • d’un point de vue linguistique : c’est le seul qui reformule des questionnements au sein de son discours : « est-ce qu’on les accueille ou pas ? » à propos des migrants, par exemple, ou encore « la question, c’est… » Il est vrai qu’il tombe parfois dans le piège de cette pédagogie qui est la simplification. Il a tendance à construire de « fausses alternatives » : soit c’est A, soit c’est B (« si je fais çi… et si je fais ça... »)
  • d’un point de vue de sa gestuelle : il est celui dont les gestes sont les plus dynamiques verticalement. Il est donc le plus explicatif gestuellement parlant.

Le paradoxe : personnalité médiatique aguerrie par le combat politique (« il n’a fait que ça »), il est celui qui se montre le plus mal à l’aise lorsque le reportage évoque sa vie intime. En effet, les mordillements de lèvres sont récurrents lorsqu’on évoque son goût pour le rap et le rugby. Benoît Hamon aurait-il du mal avec son image ?

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