La prise de parole de François Fillon hier, suite à sa mise en examen interpelle. Elle n’est pas sans comparaison avec un cas d’étude, désormais, celui de Cahuzac. Dans les deux cas nous pouvons observer des traits comportementaux communs.

L’hyper investissement émotionnel : de la grande excitation à l’amertume ou l’auto-culpabilisation

Ce rapide billet est l’occasion de revenir sur la notion d’hyper investissement émotionnel développée par Jacques Fradin. Ce phénomène neuro-physiologique se manifeste en 4 phases :

  • première phase : l’excitation -> la personne est prête à soulever des montagnes, elle est très motivée par son grand projet, son Objet de désir.
  • deuxième phase : l’insatisfaction malgré la réussite -> la personne n’est pas pleinement satisfaite, elle en attend toujours plus.
  • troisième phase : en cas d’échec -> douleur morale et jalousie sont symptomatiques d’une hypersensibilité face à l’échec. La personne se montre prêt à tout pour récupérer l’Objet de son désir.
  • quatrième phase : la répression -> amertume ou auto-culpabilisation dans le souvenir de l’événement qui a conduit à l’échec. « Plus jamais ça » entendons-nous dire de la personne.

Cahuzac et Fillon : le même entêtement autour de valeurs morales

Le comportement de Fillon rappelle celui de Cahuzac. Dans les deux cas, on observe un déni de la réalité et une non adaptabilité des propos et du comportement, même lorsque le contexte change. « Assassinat politique » pour l’un, « absence de preuves » pour l’autre. Ainsi, le « tout est parfaitement légal » de François FIllon semble un mauvais échos du « politiquement, toute cette histoire n’a posé aucun problème » de Jérôme Cahuzac. Peu importe les révélations et la nature des informations sur l’affaire, les deux hommes politiques ne changent pas leur positionnement discursif d’un iota… Les mots reste figés et répétés, indice d’un état d’esprit bloqué dans ses propres représentations.

Ce comportement typique rappelle celui observé en phase 3 de l’hyper investissement émotionnel. Premier symptôme : la douleur. Celle-ci est visible dans le non-verbal de François Fillon, les mots en sont les marqueurs : « assassinat », « être jeté aux loups », etc. Autant de métaphores violentes qui rendent compte de la douleur ressentie. Second symptôme : l’entêtement face à l’échec. La personne est prête à tout : manipulation, séduction, incohérences des propos, etc. Elle est dans un mode « automatique » qui exclut le raisonnement et le bon sens. Ainsi, la déclaration de François Fillon de janvier « je ne me présenterai pas si je suis mis en examen », a été complètement « oubliée ».

Sans doute François Fillon ne finira pas de nous étonner dans sa course folle pour récupérer l’Elysée. Car la phase 4 de l’hyper investissement pointe le bout de son nez… Quel élément de langage choisira-t-il ? La « faute morale » ou « la part d’ombre » ?

la spirale infernale du mensonge

Enfin pour conclure, l’article Sciences & VIe montre comment le cerveau s’habitue à la spirale du mensonge et comment l’effet boule de neige se produit :

« Il y a une sorte d’adaptation émotionnelle, pointent les chercheurs. Cela peut conduire à une « pente glissante », lorsque de petits arrangements avec la vérité peuvent déclencher une escalade et devenir des mensonges importants ». Un effet « boule de neige » évoqué par des « menteurs » ou tricheurs « que ce soit dans le cas d’une infidélité, d’un dopage dans le sport, de données scientifiques trafiquées ou de fraude fiscale », soulignent les scientifiques.

« C’est la première fois que l’on montre de manière empirique qu’un comportement malhonnête s’accroît à mesure qu’il se répète », affirme dans un communiqué Neil Garret, principal auteur de l’étude. Pour lui, ces résultats confortent l’idée que l’amygdale pourrait « réagir à des actes que nous considérons mauvais ou immoraux ». « Nous avons testé uniquement les comportements malhonnêtes dans cette expérience. Mais le même principe pourrait s’appliquer à d’autres processus d’escalade, comme les comportements à risque et violents », estime-t-il.

Partagez cet article