François Fillon vient de prendre la parole. Il reste candidat à la présidentielle malgré sa mise en examen. Décryptage rapide de son positionnement à travers les mots qu’il utilise.

François Fillon se cache derrière Marianne

Intéressant de noter les figures de style utilisées. Une, bien connue depuis Hollande, l’anaphore. Avec la répétition du « c’est » qui permet une mise en miroir entre le « moi » et les différentes valeurs énumérées.

Ce n’est pas moi seulement qu’on assassine c’est (…) la voix de millions de français (…) le projet du redressement national (…) la Démocratie politique elle-même.

Dans la structure discursive, nous avons donc une équivalence qui s’effectue entre le moi de François Fillon et la Démocratie, et la Justice. Le ressort utilisé est donc celui de la symbiose avec LA figure archétypale républicaine : Marianne.

Avec une belle langue de bois en début de phrase : « ce n’est pas moi seulement qu’on assassine ». De la négation, de la subordonnée, de l’adverbe, il y a tous les marqueurs linguistiques du malaise. Comprenez donc : « il ne s’agit que de moi ». Il est donc kafkaïen que François Fillon prône l’intérêt collectif au détriment de l’intérêt individuel alors qu’on lui reproche justement… le contraire !

l’intenable posture : de la symbiose à la marginalité

La répétition du « je » et du « moi », logique puisque la démarche est accusatrice, vient accentuer ce hiatus entre la personne individuelle (au service de ses intérêts) et la personne politique (au service du collectif). Le choix de la symbiose est-il le plus optimal ?

« J’irai jusqu’au bout car au delà de ma personne c’est la Démocratie qui est défiée »

Voici une belle prétérition : faire l’inverse de ce que l’on dit. « Je vous dit qu’il ne s’agit pas de mon ego, mais je représente la Démocratie… je suis la Vérité »

« Je leur dirai (aux juges) ma vérité qui est la vérité »

Beaucoup de contre-sens et d’énoncés paradoxaux. Sans doute indices d’un stress très présent. Loin de la prise de parole sereine et assumée, l’Ancien Premier Ministre montre des signes de blocages émotionnels. Ces derniers sont visibles dans les structures mêmes son discours, au niveau syntaxique et sémantique :

  • la symbiose avec Marianne -> indices de mégalomanie (la mise en miroir de soi avec les plus Hautes valeurs abstraites républicaines, etc. )
  • l’entêtement de l’engagement -> indices d’égocentrisme (répétitions à outrance, inondation du « je » et du « moi », etc.)
  • la posture complotiste -> indices de paranoïa (les coïncidences étonnantes, le pacte des juges, etc.)

dès le départ, un positionnement difficile : Fillon confond l’honnêteté et la probité

Je vous renvoie à l’article de Thierry Ménissier paru dans le Philo Mag de ce mois. Ce spécialiste de Machiavel évoque un distinguo qui a du sens. L’honnêteté est une valeur morale et individuelle (règles comme ne pas voler, mentir, etc.). La probité, elle, est une vertu sociale et politique (gage de sérieux et de confiance).

François Fillon a fait le choix de l’honnêteté. Il s’est inscrit dans une argumentation ad hominem, qui relève de la personne et de l’individu (à outrance). Marine Le Pen, elle, a fait le choix de la probité. Même accusée, son image politique est moins dégradée…

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