A chaque personnalité sa langue de bois !

Il existe des marqueurs génériques de la langue de bois. Voir la page de notre site qui y est consacrée ici. Pour autant, selon sa personnalité, on n’utilise pas les mêmes mots, ni les mêmes structures syntaxiques. Voici donc la typologie de la langue de bois qui a émergé de notre corpus d’analyse vidéo*. Vous pouvez la retrouver dans notre ouvrage « Déjouez les manipulateurs : l’art du mensonge au quotidien » (présentation sur la page d’accueil).

*une vingtaine de vidéos retranscrites en 2015, où l’on voit et entend les différents représentant politiques de tout bord, s’exprimant sur l’affaire Bygmalion ou Cahuzac.

la langue d’acier

C’est une langue de bois désincarnée qui met l’autre à distance. Elle évacue complètement les acteurs
du sujet. Elle reste théorique et abstraite, se perd dans des expres- sions jargonneuses et soi-disant factuelles. Les tournures imper- sonnelles et les participes y sont très présents. Les chiffres sont souvent convoqués comme argument indiscutable. Chirurgicale en apparence, c’est une langue qui dépersonnalise et ne laisse aucune place à l’alternative : c’est comme ça et pas autrement ! Le ton est dirigiste. Elle s’autodémontre. Stratagèmes privilégiés : le jargon, les chiffres sortis de leur contexte, la nominalisation, le « yaka-fokon », le hareng fumé.

la langue de chêne

C’est celle qui ressemble le plus à la langue de bois des origines. Elle est absconse et tortueuse. Nous aurions pu l’appeler « langue de ronces » : une fois pris au piège de ses tournures alambiquées, difficile d’en sortir ! Ses formules à rallonge ne brillent pas par leur clarté. L’abus des modalités aléthiques (« je peux ») et déontiques (« je dois ») est de mise. C’est une langue qui inonde de détails superflus et qui noie le poisson pour cacher l’essentiel. Elle est soi-disant « applicable ». C’est une langue figée au sens propre et figuré, elle immobilise : mieux vaut ne rien faire que changer. Le ton est académique. Elle s’autoras- sure. Stratagèmes privilégiés : les périphrases, les références historiques, l’appel à l’autorité, les adverbes, la notion de devoir.

la langue de coton

Ainsi baptisée par François-Bernard Huyghe, c’est celle qui se rapproche le plus de ce qu’on appelle le « parler vrai ». Nous aurions pu l’appeler « langue de sève ou de sucre ». C’est une langue mielleuse et sucrée qui vise à enrober. Le discours est cette fois incarné : les pronoms personnels sont trop nombreux pour être sincères. Le berceau de cette langue est la flatterie. Elle affectionne particulièrement l’anecdote et le récit personnel. Elle vise le consensus mou, cherche à piéger dans sa toile par l’adhésion. C’est une langue qui voile la face : n’aie crainte, le bateau coule. Le ton est doucereux. Elle s’autocongra- tule. Stratagèmes privilégiés : le pathos, l’appel à l’ignorance, le récit personnel, la double injonction, l’attaque ad hominem, l’hy- perbole, les tournures emphatiques, l’euphémisme, le ménage- ment des faces.

la langue de verre

On la retrouve en particulier dans les formules chocs des discours publicitaires. Nous aurions pu l’appeler « langue d’éther ». C’est une langue creuse et sloganisée
Plus c’est court, mieux c’est ! Les néologismes, les mots-valises qui condensent deux mots en un seul, les jeux sonores, c’est son truc. Nous aurions pu l’appeler « langue d’éther », elle se carac- térise par la pauvreté de son vocabulaire. Elle inonde de scenarii improbables et vend du rêve. Elle est soi-disant créative. C’est une langue de bois qui utopise : rien de nouveau sous le soleil en attendant. Le ton est enthousiaste. Elle s’auto-illusionne. Strata- gèmes rhétoriques privilégiés : les allitérations et assonances, les proverbes, les sigles, les néologismes, le présent à valeur de vérité générale, les superlatifs, la métaphore.

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