Dans la semaine, le candidat à l’élection présidentielle, Benoit Hamon a fait apparaître sa playlist personnelle sur son site. Une première. Quelle symbolique derrière cet acte ? A quel type de logique cela correspond ? Décryptage.

Visible en bas de la homepage, la playlist de Benoit Hamon a suscité quelques réactions. Vous pouvez l’écouter en cliquant ici.

Une autre manière de faire de la politique

Cette semaine, les médias on dit du candidat de gauche qu’il était « à la traîne sur le terrain », loin des « spotlights » plus fréquentés (Cf. article du Monde du 10 février). Pour autant, le candidat Hamon est très présent sur les réseaux sociaux. Sa playlist est un médium parmi d’autres utilisés pour occuper cet espace virtuel. La question que l’on peut se poser : est-il plus important d’occuper l’espace réel (serrer les mains dans les campagnes) ou bien l’espace virtuel (Facebook, Youtube, etc.) ? Autrement dit, les anciennes recettes de campagne font-elles toujours recette ? Ou bien l’ère des hologrammes est-elle lancée ?

Une chose est sûre, proposer sa playlist « personnelle » au grand public est une autre manière d’occuper le terrain, et une autre manière de faire de la politique. On entre dans une sphère où la politique politicienne n’a plus sa place : c’est aussi une demande pressante de l’électorat français.

Un bon coup de com’

Pas si éloignée des stratégies utilisées en neuromarketing, la playlist concoctée sollicite les sens pour donner envie. Tout un programme. Qui s’inscrit dans une logique de communion. Cette playlist s’adresse au plus grand nombre : les morceaux son classiques et policés. Tout comme Bourdieu avait démontré qu’il existe un éthos de droite et de gauche, c’est-à-dire un corps de droite, et un corps de gauche. Sans doute existe-t-il des playlists de droite et des playlists de gauche… Celle de Melenchon serait sans doute beaucoup plus subversive.

Rien de contestataire donc dans ces douces paroles qui viennent vous bercer l’oreille. Pour autant, une démarche qui ouvre à plus de proximité. Le titre « dans les oreilles de Benoît Hamon » amorce le récit d’une fusion entre émetteur et récepteur. En écoutant ses musiques présélectionnées, on entre dans sa tête. C’est le récit d’une osmose.

L’indice d’une peopolisation de la sphère politique

C’est aussi l’indice syptomatique d’une société qui évolue. Les codes politiques ne sont plus les mêmes : Marine Le Pen pose en maillot de bain, Fillon reçoit Karine Le Marchand et Hamon balance ses morceaux préférés. Si la démarche de ce dernier est plus subtile, car le médium choisi est artistique, la logique est la même. Elle consiste à donner accès à une certaine sensibilité, à donner à voir différemment.

Serge Tisseron a déjà donné un nom à ce phénomène : l’extimité. C’est le « désir de rendre visibles certains aspects de soi jusque là considérés comme relevant de l’intimité ».

En effet, pour connaître les gouts musicaux d’une personne, il faut déjà être assez proche d’elle, faire partie de son cercle intime. Ce que permet la magie des réseaux sociaux. Les barrières géographiques, sociales et physiologiques tombent.

Vous pouvez retrouver des bribes de ce billet dans l’article de 20Minutes.

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