Marine Le Pen a dévoilé hier son nouveau logo. Derrière les couleurs et les symboles, c’est un nouveau storytelling que construit le parti. Un FN toujours en marche vers la dédiabolisation de son parti. « Vieillot » à prime abord, le nouveau logo est porteur de valeurs profondes et… recyclées. Décryptage de ce nouveau virage stratégique.

Des signes patriotiques plus subtiles

Les signes patriotiques ont, en apparence, disparus : la cocarde enflammée bleu, blanc et rouge n’est plus. Une seule couleur domine ici, le bleu marine ou le bleu de Marine. Ne pas convoquer le rouge casse les codes par rapport aux autres logos actuels : Front de Gauche, PS, LR pour ne citer qu’eux. C’est aussi marquer davantage la dimension institutionnelle : le bleu France. Mais on peut y voir également une référence royaliste : ici le blanc n’est pas une absence ou un vide, c’est un blanc significatif et traditionaliste.

On a souvent parlé de vague marine, mais c’est d’escrime dont il est question dans ce nouveau logo. Le thème se veut combattif, pugnace et entêté, ne dit-on pas s’escrimer à ?

Le FN comme antithèse du PS

Le fleuret, symbole fort de ce logo, doit son nom à la lame flexible qui se termine par un bouton gainé de cuir au lieu de pointe. Ce bouton ressemble à une fleur. D’un point de vue politique, cette fleur bleue et horizontale se comprend comme une antithèse de la fleur rose et verticale du parti socialiste. Reprendre ce symbole associé à la gauche (depuis 1971 et repris par d’autres partis de gauche au Chili, en Espagne et en Belgique), c’est un pied-de-nez du FN qui continue sa dédiabolisation : dorénavant, la gauche n’aura plus l’apanage des avenirs fleuris. 

C’était mieux avant

L’univers convoqué est celui de la « France d’autrefois », celle des Mousquetaires et de Cyrano de Bergerac. Une pointe de romantisme que la courbe de la lame fait vite oublier. Le romantisme de la rose et de cet univers de cape et d’épée n’est qu’un début, un point de départ, placé à gauche de l’image – début de notre sens de lecture. La fin est celle de la pointe qui fera mouche, arrivera à son point d’impact.

Vendre la peau de l’ours

Entre ce début et cette fin, la performativité du langage : « Marine Présidente ». Dans son ouvrage Quand dire c’est faire, Austin a montré comment certains énoncés linguistiques  modifiaient notre réalité. Dans ces mots choisis par le FN, c‘est déjà le récit de la victoire qui est raconté. De l’élection de Trump, à la candidature de Macron en passant par le dernier débat des primaires de la Droite, Marine n’en finit pas de « mariner » et occupe à son tour la scène médiatique. Jusqu’à ce que le fleuret se transforme en profil dont le nez ne cesse de s’allonger…

En bonus, le clin d’oeil de mon ami Eric Van de Valle, également sémiologue :

 

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